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Méthanisation

Biogaz ATEE

La marée des méthaniseurs

Cette technique qui doit, au nom de l’agro-écologie et par la volonté du Ministre de l’agriculture, submerger la France, interpelle les associations. Est-ce utile ? Est-ce nocif ? Et n’est-ce pas, après tout, un nième outil pour procurer, à l’aide d’argent public, des revenus à des filières agricoles productivistes qui sont en train de rentrer droit dans le mur ?

Est-ce une réponse pertinente à l’URGENCE climatique ?

Selon Solagro  « le facteur énergie produits/énergie dépensée est de l’ordre de 5 à 10, et le facteur gaz à effet de serre évités /gaz à effet de serre générés également ». La méthanisation a donc sa place dans le mix énergétique, un avis qui est partagé par France Nature Environnement. Mais dans quelles conditions ?

Plusieurs de nos associations et surtout nos fédérations, ont réfléchi aux critères d’évaluation permettant d’examiner un projet de méthanisation, pour savoir s’il est acceptable ou non.

Inquiétudes

Nous sommes en effet nombreux à être très inquiets de cette nouvelle mode.

Mais nous sommes aussi inquiets par certains arguments mis en avant par des opposants à des projets de méthanisation, arguments qui relèvent parfois d’une méconnaissance du procédé, ou d’une peur exagérée et disproportionnée (vu les impacts existants sans méthanisation !), ou d’un copié-collé venant d’autres projets différents en d’autres lieux.

Ceci dit, il faut une analyse rationnelle au cas par cas. Cela suppose une approche globale avec des compétences dans le domaine de la méthanisation, de l’agronomie et des systèmes agricoles en présence, de l’énergie, de l’écologie, des impacts sanitaires, et – pas en dernier ! – en matière d’éthique, et en particulier d’éthique envers tous ces animaux sensés fournir la matière première de la méthanisation sous forme d’effluents d’élevage.

Les travaux de notre mouvement associatif

Dernière contribution en date, le plateau Débat-public de la fédération Franche Comté-Nature-Environnement a produit un Guide :

image blog

La Méthanisation agricole en Franche-Comté

Ce guide explique bien la technique et conclut à 5 critères à examiner : l’origine des déchets, l’équilibre entre préoccupations énergétiques, environnementales et agricoles, la destination et les quantités des digestats, la destination du méthane obtenu, et une taille des installations adaptée aux territoires. Il met en avant des points de vigilance. Il rassemble aussi les positionnements des principaux acteurs impliqués.

L’association SEVE en Bourgogne défend un projet de méthanisation qui est soumis à des critiques infondées, et diffuse son tract et positionnement :

ROJET DE METHANISATION-GRANULATION

L’ASSOCIATION SEVE CONSTATE, EXPLIQUE, ANALYSE,

PREND POSITION et COMMUNIQUE….

Les risques d’explosion et les risques sanitaires ne sont pas ce que les opposants prétendent. Ce projet de méthanisation fait partie d’un développement durable du territoire.

Eau et Rivières de Bretagne a résumé les conclusions de longs débats sur les critères d’évaluation dans un tableau de synthèse :

Position d’Eau & Rivières sur la Méthanisation

validée par le Conseil d’administration le 9 mars 2015

Il différencie les bons et les mauvais méthaniseurs par des critères de localisation, d’entrants, de process et de sortants. 14 projets sont suivis par ERB ou des associations adhérentes (en 22, 29 et 56).

L’association d’experts et Bureau d’études SOLAGRO a publié en septembre 2014 :

La méthanisation rurale, outil des transitions énergétique et agroécologique

Solagro a conduit de nombreux travaux sur la méthanisation, en partenariat avec l’ADEME.

Cette brochure sur la méthanisation rurale précise  notamment les implications agronomiques. Il convient en effet pas seulement d’énumérer les émissions diverses éventuellement générées par la méthanisation, mais aussi de les comparer aux émissions qui se produisent en l’absence de méthanisation. Or actuellement, ce sont les engrais minéraux, les bâtiments et fosses à lisier et les épandages divers qui dominent les émissions. La comparaison doit donc se faire au moyen d’une approche globale. Aussi, Solagro explique pourquoi le « bilan humique » de la méthanisation est équivalent à celui d’un épandage direct, en différenciant les fractions de paille qui sont soit rapidement, soit moyennement, soit lentement dégradables ; ces derniers contribuent à former l’humus stable. Solagro présente la méthanisation comme produisant du « fumier végétal », permettant de fournir de l’azote assimilable dans des systèmes sans élevage, entre autre en agriculture biologique, et compare le digestat au compost frais.

Alsace Nature ne partage pas une certaine opposition féroce à un projet de méthanisation somme toute raisonnable et territorial, mais demande un accompagnement citoyen et un débat de fond sur le système agricole qui est derrière ce projet.

Il s’agit d’ouvrir des voies pour améliorer le système agricole, entre autre le bien-être des animaux dans les élevages industriels fournisseurs d’effluents. L’utilisation de pesticides, l’enrichissement en matière organique des sols et la biodiversité sont des critères clés, à discuter et à suivre.