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A Pitgam l’insolence de l’œuf industriel crève le plafond !

107 000 poules seront élevées ‘au sol’ au rez-de-chaussée et à l’étage (à moins que le tribunal en décide autrement) ! L’étude d’impact précise: sans litière. Or, la litière est une obligation légale. Mais les entreprises De Biest et Sanders ne font pas dans la sensiblerie. Ni le Commissaire enquêteur.

 

schema poulailler Pitgam

Les poules circuleront librement entre le sol et les trois niveaux de la volière, sur chaque étage (au rez-de-chaussée et au premier).

Les poules sortent des cages ! Une victoire pour le bien-être animal ?

Vous pensiez peut-être que tout va bien, parce que le président Macron s’est engagé à aider les éleveurs de poules à abandonner des cages. Peut-être n’avez-vous pas compté avec le cynisme des filières industrielles qui continuent à élever les poules dans les modes d’élevage ‘aussi mauvais que permis’ et/ou ‘pires que permis’. Est-ce que, pour empêcher cela, les Autorités Compétentes manquent de courage ou de moyens, ou des deux ? Peut-être ont-elles besoin d’aide et de soutien. Le Collectif Plein Air fait de son mieux pour les interpeller.

L’Europe a financé beaucoup de recherches sur le bien-être des poules. Mais ce ne sont pas des questions qu’on se pose à Pitgam.

Copier-coller ou être attentif au respect de la loi ?

Concernant le respect de l’animal, le Commissaire enquêteur, dans son rapport, a fait siennes les affirmations exprimées par le requérant dans son mémoire en réponse. C’est du copié-collé :

« Il n’est pas du ressort de la SCEA DUTERTRE de juger les réglementations qui s’appliquent sur son élevage. La SCEA DUTERTRE a intégré dans son projet le respect de celles-ci, en termes de choix d’équipements, de fonctionnement.

Le respect de ces normes a un coût pour les exploitants, assumé car passage obligé pour pouvoir exploiter leur site. Le principe de ce type de bâtiment n’est pas de mettre en place une litière, ni d’installer des parcours d’hiver. Il s’agit d’autres modes de production et ce n’est pas ce type de production qu’a choisi la SCEA DUTERTRE. »

Le Commissaire enquêteur n’en dit pas plus. Or, « l’autre mode de production » que la SCEA DUTERTRE a choisi – sans litière -, est un mode de production non conforme avec les normes minimales relatives à la protection des poules. La norme impose pour les élevages dits alternatifs une litière au sol de 250 cm² par poule. Le Collectif Plein Air l’avait pourtant clairement expliqué dans sa contribution à l’enquête publique, et avait même cité le vade-mecum de contrôle officiel, destiné à guider les services vétérinaires pour contrôler la protection et le bien-être des poules (page 44) :

« La litière doit être suffisamment profonde et composée de matériaux friables, tels que copeaux, paille, sable ou tourbe, permettant aux poules de satisfaire leurs besoins éthologiques (bains de poussière, grattage et picotage essentiellement).

En aucun cas, une « litière » composée des seules fientes des poules ne peut être considérée conforme. »

 Le Collectif Plein Air a donc mis le doigt sur une non-conformité caractérisée, mais le Commissaire enquêteur a fait la sourde oreille.

Cet exemple est malheureusement représentatif de la manière dont la grande majorité des Commissaires enquêteurs abordent les questions de bien-être animal lors des enquêtes publiques. Au niveau du Collectif Plein Air nous constatons régulièrement que la réalité et l’ampleur des non conformités en matière de protection animale dépassent l’imagination ou l’entendement des Commissaires enquêteurs qui semblent croire en le bon fonctionnement des réglementations et des contrôles et en la compétence professionnelle des requérants. Quel décalage avec les réalités ! Quant à la détresse autorisée et légale, mais néanmoins majeure, des animaux, les Commissaires enquêteurs, à de rarissimes exceptions près, se défilent de toute responsabilité d’ordre éthique.

Et l’impact sur l’environnement ?

Il n’est pas étonnant que le Commissaire enquêteur trouve que tout va bien, puisque la loi est faite ainsi que l’environnement n’est pas protégé, et les plages bretonnes en savent quelque chose. Les « Meilleures Techniques Disponibles » (MTD) sont définies de manière à ce que de telles unités industrielles soient autorisées. En effet, le séchage des fientes prévu à Pitgam fait partie de ces MTD, c’est vrai, cela réduit les émissions d’ammoniac qui dépassent néanmoins les 10 tonnes/an. Toujours est-il qu’en France il n’y a aucune obligation d’évaluer les retombées d’ammoniac à proximité (pourtant responsables d’eutrophisation et d’acidification des milieux) ni d’étudier le cumul des impacts de différents élevages voisins (ils sont nombreux !) ni de prendre en considération leur part dans la pollution diffuse par les particules fines (qui rendent malades). Etant donné que les fientes sont normalisées et vendues (et brûlées en cas de non conformité…), aucun plan d’épandage ne lie l’élevage à des terres. Aussi, personne ne se préoccupe de l’impact environnemental de la production de l’aliment pour ces poules. A quoi servent toutes les recherches et beaux discours sur une agriculture durable ? Sur le terrain de Pitgam, à rien.

Quant au problème des poussières (et il y en a !) ce n’est pas en supprimant la litière et/ou en réduisant les mouvements des poules qu’il faut l’aborder, mais en créant de petits poulaillers (de préférence mobiles), avec une faible densité de poules, et largement ouverts à l’air libre, avec un large accès à la verdure. Pour des éleveurs fiers de l’être.

Quelle mouche a piqué les élus ?

Triste bilan, sur un champ de ruines. Les ruines d’une agriculture ni décente ni durable ni respectueuse du vivant.  Qui vend son âme pour de mirobolants 1 ½ emplois pour 107 000 poules. Quelle mouche a piqué les élus de deux communes pour qu’ils soutiennent ce projet ? Ne savent-ils même plus qu’on peut et qu’on doit élever des poules autrement ?  Ce n’est pas en soutenant de tels projets que l’on fait de la publicité pour l’agriculture française.  Malheureusement, ce projet semble rester dans une certaine tradition ‘Sanders’ qui vise principalement les volumes et les économies d’échelle. Le Collectif Plein Air l’a connu avec  l’élevage de poules en cages à Branges (Matines-Val de Seille), un élevage qui a fermé grâce entre autres à la révélation des non conformités et des conditions de vie des poules par L214[1]. Et parce que les consommateurs se détournent des cages. Ils ne manqueront pas de se détourner des œufs ‘au sol’ à la manière de Pitgam.

[1] https://www.l214.com/communications/20140213-elevage-branges-renonce-extension et https://www.l214.com/communiques/2013/07/25-elevages-matines-images-censurees-ain-saone-et-loire/